L’herboristerie de Riglortan


NdA : Cette herboristerie est née dans l’une des parties « impro totale » que je masterisais une fois tous les deux mois pendant 2 ou 3 ans, il y a… une petite dizaine d’années. Les règles utilisées étaient la première mouture du Simon Système (qui ne s’appelait alors pas du tout comme cela). Depuis je l’ai réutilisée un certain nombre de fois.

Côté Face

L’herboristerie est une petite échoppe à un étage en bord de rue. Sa façade est décorée de dessins de plantes et d’arbres, dans un mélange de verts et de violets. Au dessus de la porte en bois cerclée de métal, une inscription dorée annonce fièrement « L’herboristerie de Riglortan ». Une large fenêtre, à droite de la porte, permet de voir l’intérieur de la boutique : des rayonnages pleins de fioles remplies de plantes séchées ou de morceaux de racines trempant dans différents liquides. Des bouquets de plantes se balancent, accrochés à des bouts de ficelles, tels des bouts de viande dans une boucherie. Au dessus de la fenêtre, la devise des lieux « Si vous cherchez une plante que vous ne trouvez pas ici, c’est qu’elle n’existe pas ».

La boutique occupe une grosse moitié du rez de chaussée. Un enchevêtrement labyrinthique d’étagères occupe quasiment toute la place, ne laissant que de petits couloirs où l’on ne peut circuler à deux de front. L’espace est tellement étroit que quelqu’un d’un peu trop corpulent aura du mal à ne pas heurter l’une des nombreuses fioles ou des brassées de plantes qui dépassent immanquablement parmi le fouillis.

Dans le mur du fond, tout à droite, se trouve une petite porte en bois, renforcée de fer. Devant celle-ci se trouve l’atelier dans lequel Riglortan prépare les plantes fraîches qu’il reçoit. Dans la boutique, en face de la porte de la réserve et la séparant du reste de la boutique trône le large bureau de Riglortan.

Au contraire du reste de la boutique, il n’y a presque pas de plantes sur le bureau mais plutôt un amoncèlement de livres, certains ouverts, d’autres hérissés de dizaines de marque-pages. Au milieu de l’atelier se trouve un petit escalier en colimaçon qui mène aux appartements de Riglortan, qui occupent tout le premier étage et se décomposent en cinq pièces. Deux sont faces à la rue et les trois autres ont vue sur le jardin. Entre elles un couloirs qui donne accès à toutes les pièces et dans lequel débouche l’escalier. Face à la rue se trouve sa cuisine et son salon. Une large ouverture entre la cuisine et le salon permet de passer de l’un à l’autre. Les trois autres pièces sont, de droite à gauche, la chambre de Riglortan, son cabinet d’étude où il rédige ses différents parchemins et courriers, et enfin sa salle d’eau.

Riglortan en lui même est un demi-orc qui aurait voulu être mage. N’ayant aucun talent pour la magie, il s’est tourné vers l’herboristerie. Il s’habille toujours dans des tons violets, dans diverses robes informes décorées de motifs végétaux. Pour ajouter au ridicule de son accoutrement, ses robes ont de longues et larges manches bouffantes dans lesquelles il se prend parfois les mains.

Riglortan semble bien inoffensif pour un demi-orc. Et tout dans son discours, sa façon de parler ou de se déplacer, tend à confirmer le fait qu’il est le plus doux des agneaux. Le fait qu’il soit complètement végétarien ajoute à sa légende de doux herboriste.

Côté Pile

Riglortan cache un certain nombre de secrets. Tout d’abord ses manches ne sont pas bouffantes simplement par effet de style. Elles contiennent en réalité un certain nombre de poches et de caches qui contiennent différents objets, comme des petites fioles de poison ou bagues à aiguilles. Riglortan n’excelle en effet pas que dans la connaissance des plantes. C’est aussi l’un des meilleurs empoisonneurs du pays. Il n’exécute que quelques contrats par ans mais ceux-ci lui permettent de vivre sans problème et sans avoir réellement besoin de faire fonctionner sa boutique.

Les visiteurs un peu perspicaces et qui ont le droit d’entrer dans son atelier auront noté que celui-ci semble moins long que sa boutique. Et c’est en effet vrai. Il manque un bon quart de la largeur de la boutique. Si vous retournez dans la boutique et que vous appuyez dans le bon ordre sur différentes décorations de l’étagère la plus à gauche du mur du fond, vous aurez la surprise de la voir s’enfoncer dans le sol. Et de voir apparaitre une porte de fer, à l’air plus que solide, et présentant trois serrures.

Quiconque arriverait à ouvrir cette porte, en utilisant les clés que Riglortan porte autour du cou, même lorsqu’il dort, accèderait à son atelier secret. C’est dans celui-ci que l’herboriste garde ses poissons les plus violents, les plantes interdites et stocke les parchemins lui servant à préparer ses meurtres. Le sol est lui recouvert d’un lourd tapis.

Si quelqu’un après avoir réussi à entrer dans l’entrepôt, se décidait à soulever le tapis, il découvrirait alors une trappe. Une trappe qui le mènerait au dernier des secrets du demi-orc.

En soulevant la trappe et en descendant l’escalier de bois raide, il arriverait dans un sous sol fortement éclairé par des globes magiques. La première chose qui frapperait celui qui arriverait jusque là serait le grand four à rôtir s’y trouvant. On pourrait sans problème y faire cuire un agneau entier. Il serait ensuite surement décontenancé par l’atelier de boucher qu’il penserait découvrir à droite de l’escalier. De multiples couteaux, hachoirs et crocs pour suspendre les morceaux de viandes garnissent en effet la totalité des murs de ce coté du sous sol. Et pour compléter ce décor sanglant une large et longue table à découper en pierre blanche. Mais pourquoi chacun des coins de la table à découper était-il orné d’une chaine et d’un anneau à fermeture ?

Notre malheureux visiteur, en lançant un coup d’oeil vers la gauche comprendrait alors tout de suite la vérité. Quasiment toute la partie gauche du sous sol est occupé par une demi douzaine de cellule, dans lesquelles peut être un ou deux adolescents attendraient tristement leur sort. Dans le seul espace non utilisé par une cellule, trônent trois coffres de bois où l’explorateur intrépide pourrait découvrir que s’y trouvent, parfaitement triés, les os d’humains, de nains et d’elfes.

Tel était le dernier secret de Riglortan le doux herboriste. Il était totalement végétarien sauf parfois, quand l’envie de viande le prenait. Là, ce qu’il préférait c’était la chair tendre des adolescents. Les enfants étant trop sucrés, et les adultes trop dur sous sa dent. La seule viande qu’il supporte de manger est celle de jeunes adolescents, filles ou garçons, humains, elfes ou nains, même si, en toute honnêteté les nains avaient un peu trop de goût pour son palais.

Arthur Iste


Arthur est un type bizarre.

Pas méchant hein, juste… bizarre. Du genre à faire un peu peur parfois, lorsque vous ne savez pas s’il essaye de sourire ou s’il a seulement oublié ce qu’il faisait là. Vous vous dites peut-être qu’il est perdu dans ses pensées, mais vous vous dites surtout que c’est un simplet. Pas méchant, juste pas très brillant… et un peu bizarre aussi.

Côté face.

Bon au début, vous l’avez pris pour l’un de ces types qui ne sait pas où il est, un mec normal et sans intérêt, dans la masse des autres gens, peut-être un peu plus paumé que les autres c’est tout. C’est l’archétype du mec qui achète toujours la même chose, qui fait un tour toujours à la même heure, et qui ne se remarque dans la foule que parce qu’il porte des vêtements – toujours les mêmes – usés, un petit peu sale, et qui viennent de la décennie précédente.

Peut-être que personne ne lui a dit qu’on était en 2013, et qu’il devrait oublier 1998 ?

C’est vrai qu’il a quelques manies étranges aussi. Oh rien de méchant bien sûr : il porte toujours des chaussettes de couleurs différentes, un bonnet en laine toute l’année – même en plein Été – et vous en venez à vous demander s’il a plus de cheveux que les trois fils élimés que vous voyez pointer parfois derrière.

Ses pulls… pardon : son pull a ses manches élimées, et les jointures des coudes ont pris une teinte plus grisâtre que ne l’est la couleur d’origine. Les chiens ne l’aiment pas trop, les chats non plus ; et finalement, aucun animal ne semble l’apprécier vraiment. Peut-être la légère odeur de citronnelle y est pour quelque chose ?

Non décidément, ce n’est pas un mauvais bougre, juste un peu benêt. D’ailleurs il n’hésite pas à aider les personnes âgés au passage pour piéton, et à donner un sous ou deux aux SDF ayant élu domicile dans le petit parc à côté de chez lui. Il y passe tous les jours après être aller faire ses courses.

Tenez, le détail qui tue, que vous avez fini par remarquer à force de le côtoyer à l’occasion lorsque vous faites les courses : il achète toujours la même chose. Une baguette industrielle, un sachet de fromage râpé, 500g de pâte « Torsade », et 3L de lait concentré Nestlé. C’est un peu louche, mais bon, il n’a pas l’air de le vivre mal. Enfin pour ça il faudrait que vous arriviez à vous souvenir exactement de son visage ou de sa corpulence – mais vous ne l’avez jamais vraiment étudier de près n’est-ce pas ?

Le seul truc qui vous a fait tiquer, c’est la fois où vous l’avez-vu à la fenêtre de son appartement, torse-poil, le bonnet toujours sur la tête, les yeux comme fixés sur l’arrière de votre crâne. Derrière lui, il y avait une drôle de lumière…

Vous avez repris votre route sans plus y penser.

Côté pile.

Et c’est justement pile poil ce qu’il veut, Arthur Iste. Enfin, ce qu’il pense vouloir, en tout cas.

Il n’est pas bizarre, il n’est tout simplement pas humain. Il ne fait que mimer ce que font les humains : s’habiller à peu près comme eux, aller au super-marché faire ses courses, allumer la télé avec le son un peu trop fort (mais il ne la regarde pas), sortir le matin pour prendre les transports en commun, se rendre là où tout le monde se rend, tourner en rond, et revenir chez lui à pied.

En tout cas, il se donne beaucoup de mal pour se faire passer pour un humain.

Le problème, c’est qu’il n’a pas la moindre idée de ce qu’il est. Il n’a que deux convictions : premièrement qu’il a une mission à accomplir, deuxièmement que cette mission ne doit pas être découverte par qui que ce soit d’autre que lui-même.

Alors il attend, depuis une dizaine d’année, de voir ce qui va se passer. Il observe tout le monde : son appartement est rempli de notes et de documents associés à des personnes qu’il croise dans son quartier. C’est comme ça qu’il a découvert que les gens allaient tous les jours dans la zone industrielle pour y travailler, qu’il a découvert que les gens mangeaient tous les jours, et que les pâtes et le fromage étaient populaires – comme la télé qu’il met un peu trop fort, parce que les gens, ils regardent la télé le soir un peu trop fort (surtout les vieux, c’est ce que dises ses notes, et nous n’en jugerons pas la pertinence).

Pourtant, il n’a pas vraiment « faim » : il s’est seulement rendu compte que le lait concentré lui donnait de l’énergie quand il en avait besoin.

Parfois, il se met à regarder une personne très fixement, et il a l’impression de « lire » quelque chose. Comme si quelque chose ou quelqu’un l’utilisait pour « scanner » les gens. Pas tout le monde non, seulement quelques uns…

Vraiment très étrange.

Peut-être qu’un soir, quelque chose se passera ? Et ce soir là, il espère bien avoir découvert le but de sa mission. De son œuvre. De sa vie.

Et la tranche…

Difficile de proposer une « tranche » à cette histoire, tellement elle peut être interpréter comme un MJ le voudra. Et puis il faudrait pouvoir le placer dans un univers en particulier, qui permet une dose de surnaturel, ou de science-fiction, voire un peu des deux.

Alors, que feriez vous avec Arthur Iste ? Quelques idées, en passant – mais pas de révélation fracassante concernant cet être tout à fait inhabituel.

L’espion de science fiction

La Terre, ce n’est pas grand chose dans la Galaxie, encore moins dans l’Univers. Alors lorsque des petits hommes verts (ou gris, ou bleu, vous choisissez) décident de sélectionner quelques humains, ils commencent par envoyer une sonde sur cette planète.

10 ans après, ils reviennent pour récolter le résultat de leurs recherches, ce résultat inclus, comme par hasard, vos joueurs. De quoi les emporter dans une suite d’aventure interstellaire, où ils auront l’occasion de sauver la Galaxie à un déjeuner mondain à 4 millions d’années lumières de là, de détruire des mondes d’un simple souffle sur un écran tactile d’un super-croiseur intergalactique, et de devenir riche et célèbre sur les milliers de mondes de la Nouvelle République Oligarchique du Secteur ZZ’.

Ou quelque chose dans ce goût là.

Les vampires, les zombies, et tous ces êtres des ténèbres

Une version un peu plus terriennes et mystiques seraient d’en faire une sorte de changeling, ou un doppelgänger. Il a été placé là par un sorcier/magicien/vampire/liche très puissant, qui veut repérer les chasseurs de monstres que sont vos joueurs.

De quoi leur tendre un piège, où ils se rendront compte qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui en sait beaucoup trop sur eux.

Oh, et Arthur ? Et bien soit il est du genre à exploser à la tête des personnages, soit il est totalement inoffensif. Tout juste un pauvre ère qui n’est plus humain et qui a été placé là pour servir d’outil. Une fois utilisé, et bien… que fait-on des outils qui ne servent plus ?

Un peu de tout un peu de rien

La dernière option que j’envisage, c’est encore qu’Arthur Iste ne soit qu’un reliquat, qu’une erreur. Il est là, mais ne sert plus à rien ni à personne. Oh, bien sûr, des traces peuvent être trouvées dans son appartement, voire dans son comportement.

Mais quelle importance désormais ? Il ne sert plus à rien. Qui irait le surveiller ? Qui se rendrait compte que ses activités crapuleuses vont être découvertes par un groupe (de vos joueurs, évidement) qui va décider de remettre les pendules à l’heure, et de venger le mal qui a été fait à Arthur – voire aux personnes qui étaient dans le viseur à l’origine ?

De quoi vous amuser quelques heures à une table…

The big red


Pour changer du très classique moyen-âge, jetons un coup d’œil vers le Far-West américain, tel que nous nous l’imaginons en regardant un western spaghetti des années 60. Le genre de cadre qui colle bien avec un jeu comme Deadlands, que je conseille vivement, tant pour son univers que pour son système de récompenses.

Côté face.

Qu’est-ce qu’une vieille ville minière sans son saloon ? Rien, probablement ; et « The Big Red » ne fait pas exception à la règle avec son saloon au nom éponyme. Il faut dire que les gens du coin n’ont pas une grande imagination pour nommer les choses – ou bien est-ce un signe de sagesse ancestrale ? Ici, les choses sont appelées par leur nom : la ville porte le  nom de l’immense montagne rouge contre laquelle elle s’adosse, affalée comme un vieux cow-boy à l’harmonica dans son rocking-chair. Et le saloon, lui, porte le nom de sa ville – même si tout le monde l’appelle ici « le Saloon ».

Il en va de même pour le bétail, et les gens. Entre eux, ils s’appellent « épicier », « pasteur », ou bien « shérif ». D’ailleurs, on appelle bien la belle Stecy « beauté » dans son dos – enfin, surtout dans le dos de son père, le shérif local. Il faut dire qu’elle est belle : une vrai… beauté !

J’vous ai parlé de Ron & Paul L. Haas ? Respectivement, le père et le fils, l’armurier et l’épicier, ils sont un peu en froid, mais ça fait rire tout le monde ; la femme Haas en premier lieu, qui est à la tête du club des bondieuseries des femmes, pour le pasteur. Étrangement, personne ne connaît le prénom du pasteur, mais tout le monde l’appelle « Pasteur Endritch », ou « Mon Père », c’est comme vous voulez. Moi je ne l’appelle pas, on ne garde pas le même troupeau.

Ce groupe de femmes chante tous les dimanches pour le Saint Père, accompagné à l’orgue par le pianiste du saloon, George Tulh, un noir affranchi il y a 35 ans par ses maîtres sur leur lit de mort. Il a même un papier du notaire signé comme il faut, même si, dans ce coin-là du monde, personne n’a besoin de ça pour être libre.

Tout ce beau monde descend justement de la chapelle en bois, et si mes yeux fatigués ne m’ont pas trompé, je vois le chariot du croque-mort prendre la tête de la procession vers le cimetière. Qui on enterre ? Je crois bien que c’est la grand-mère de l’institutrice, mademoiselle Benoît Amandine, morte dans son sommeil (son prénom ça devait être un truc comme Marie, ou bien Jeanne). La pauvre femme ; au moins on raconte qu’elle aura eu une vie bien remplie, et que le Seigneur fait bien de la rappeler avant qu’elle ne souffre trop de sa maladie.

Enfin, moi, pour ce que j’en sais… je ne suis pas médecin, contrairement au Dr. Ardono – tout le monde l’appelle le Doc, j’ai oublié son prénom… un truc comme « Ferdinando » ou un truc du genre. Je l’aime pas, il m’a arraché une dent parce que j’avais mal, mais j’ai l’impression d’avoir eut cent fois plus mal à cause de ça. Hrm… ‘fin bref.

Oh ? Et moi ? Je suis « Big Red », tout simplement. Le seul peau-rouge qui reste dans le coin, le cul collé à mon banc, lorsqu’un blanc bec ne vient pas louer mes services pour faire le tour de la région.

Côté pile.

« Big Red » est le surnom du vieil Indien qui reste assis devant le saloon de la ville. Personne ne fait attention à lui, mais lui il en sait beaucoup plus que ce qu’il dit. Par quoi commencer ?

Tenez, Ron et Paul L. Haas sont bel et bien fâchés en public, et personne ne sait pourquoi. Ils ont couché tous les deux avec la même femme, en même temps. Sauf qu’ils sont maintenant jaloux – dommage hein ? La femme de Paul L. Haas – le père de Ron donc – fait celle qui ne sait rien et qui croit à leurs histoires d’accidents de chasses. Elle ne fait pas l’autruche pour rien, parce qu’en attendant elle se tape le croque-mort en secret, et que ça l’arrange de passer pour une cruche – une cruche très pieuse d’ailleurs.

Ah, et la grand-mère du professeur Benoît ? Elle est bien morte dans son lit, en plein sommeil, mais c’est sa petite-fille qui l’y a aidé un peu. L’histoire est un peu complexe, mais en substance, la vieille avait découvert ses liaisons avec les deux hommes, et par on ne sait quelle miracle, Amandine réussit à convaincre le docteur que sa grand-mère était folle et très dangereuse pour sa vie, et qu’il lui fallait un traitement pour la faire dormir et la maintenir au calme. Elle aurait d’ailleurs pu s’en tenir là, mais la belle avait des allures de bête, et s’assura de l’entière coopération du docteur par quelques gâteries supplémentaires. Autant dire que l’homme qui signa la feuille de décès savait très bien que la défunte n’était pas morte de vieillesse – et à part lui, qui aurait vu la trace de piqûre ?

Il faut dire qu’Amandine a du charme, et qu’elle a sans doute déjà couché avec la moitié de la ville – la moitié masculine de la ville – mis à part le pasteur et le pianiste. Ces deux là n’aiment pas les femmes, et ce n’est pas vers Dieu que les pensées du « Saint homme » se tournaient lorsqu’il se faisait enfourché par George – ou l’inverse, ils ne sont pas très à cheval sur la position de l’un ou l’autre.

Ce n’est pas le seul travers (comprendre par là, autre temps, autres mœurs) du-dit George, car s’il a bien un acte notarié de sa libération, il l’a obtenu sous la contrainte. Ses doigts de fées qui glissent sur les touches de son piano lui ont servi à commettre bien des atrocités pour se venger de toute la famille de ses maîtres – et faut dire qu’eux-même n’étaient pas du genre très propres non plus.

Ah, les cas du Shérif, et de sa soit-disant fille « Stecy » n’ont pas encore été évoqués. Là encore, une sombre histoire : Stecy s’appelle en réalité Andrea Mell, c’est la fille du véritable shérif qui devait venir prendre son poste à The Big Red il y a 15 ans. Aujourd’hui, elle en a 18, ne se rappelle pas de son enfance, ni de pourquoi son « père » actuel a pris la place d’un mort en volant son étoile. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle n’aime pas quand il rentre dans sa chambre le soir, à moitié ivre, et qu’il met sa main dans sa culotte. Parfois il la viole, en lui mettant sa ceinture dans la bouche pour l’empêcher de crier, parfois il se contente de lui tripoter les fesses et la poitrine. Elle ne dit rien, parce que qui voudrait la croire ? Le Shérif est un homme craint et aimé par la population – en tout cas c’est ce qu’elle pense.

En dehors du fait que c’est un porc, et qu’il viole sa fille adoptive, qu’il a volé l’étoile du shérif qu’il a tué, il se comporte comme un homme de loi, qui empêche les malfrats du coin de sévir, et qui empêche surtout les mineurs de la ville de mettre trop de bordel le soir dans les rues – juste avant d’aller se vautrer dans son fauteuil pour boire du rhum à en devenir ivre.

Cette ville pue, elle est corrompue jusqu’à la moelle, et tout le monde a des morts dans ses placards, et d’autres sombres secrets. Les hommes sont des brutes et des pervers, tandis que les femmes ne sont vraiment pas mieux – même si plus souvent les victimes. Si j’étais vous, je n’irais pas trop regarder ce que contiennent les saucisses du boucher, ni les composants des gâteaux de la boulangère.

Ah, on ne vous a pas dit à l’entrée de la ville ? La cause la plus fréquente de mortalité, c’est un malheureux accident à la mine du coin. Dommage, pour une mine à peine exploitée.

Côté tranche.

Ce qu’il y a de bien avec « The Big Red« , c’est que tout le monde a l’air bien de face, mais cache de sombres choses côté pile. Sauf l’indien « Big Red » le peau-rouge, qui contemple la ville tous les jours. Il est même sans doute l’atout pour tout cavalier de l’Ouest sauvage désireux de rester en vie, et/ou de résoudre les mystères de la ville.

Sauf que « Big Red » n’existe pas : c’est un fantôme du passé, qui a décidé de venger son peuple de l’envahisseur blanc. Pour comprendre, il faut se replonger dans le passé, et les archives fédérales : il y a un siècle à peu près, lors d’une ruée quelconque vers l’or, les blancs sont arrivés et ont massacré la population indigène, puis ont pollué les rivières et la forêt qui s’étendait alors sur la montagne rouge, le tout, pour trouver de l’or. C’est à ce moment-là que la mine a été ouverte… et a déterré une antique malédiction posée là par on ne sait trop quel esprit vengeur, ne souhaitant pas que le cimetière des indiens soit mis à nu ainsi.

Depuis, la mine est à peine exploitée, mais pas par des mineurs volontaires cherchant de l’or, mais par des zombies encore vivants, cherchant à déterrer les objets de pouvoir qui serviront au fantôme à venger définitivement son peuple.

En attendant, il empoisonne la ville, et les habitants sont sous son emprise. Oh, bien sûr, certains n’ont pas besoin de ça pour se comporter en bête, mais à « the Big Red », personne n’échappe à ça. Cependant, il faut quelques temps pour contracter les premiers symptômes (entre plusieurs semaines et plusieurs mois), tout dépend de ses relations avec les gens, de son caractère, et si l’on s’approche trop de la mine.

Le fantôme maintient tout de même la ville dans une relative torpeur, par rapport à ce qu’il projette. Il veut que les gens souffrent, qu’ils sentent, le moment venu, tout le mal qu’ils ont fait par le passé. Tout un programme : vous avez là de quoi faire vivre une véritable petite campagne (ou un ensemble de scénarios) dans une seule ville. Imaginez que tout le reste est du même tonneau, caché sous la surface.

Ouais, plutôt pervers. Ne faites confiance à personne.

La Jetée de Whiteblock


Côté Face

La jetée de Whiteblock est un espace indépendant au cœur de la capitale. Une immense jetée en bois blanc qui s’élance au dessus du front de mer. Elle est étrange à la vue car s’y trouvent de nombreux amas de bâtiments bigarrés au cœur desquels se trouve un des marchés indépendants les plus fabuleux de la région.  D’après la croyance populaire on y trouve tout ce que l’on y cherche et également tout ce que l’on n’y cherche pas. Meubles, textiles, bijoux, alimentation, épices, médications et produits rares et chers se trouvent dans le dédale de ruelles, d’escaliers et de boutiques, certaines ne faisant que la taille d’un salon, d’autres prenant l’ensemble d’un bâtiment.

Acquise de haute lutte il y a plus de trois cents ans, les habitants de Whiteblock ont une indépendance fiscale que beaucoup envient et les navires marchands peuvent accoster aux docks en contrebas pour décharger leur marchandise et les vendre sans payer d’autre taxe que celle qui leur permet de mettre pied à terre. Un tarif avantageux qui attire les marins. Surtout quand l’absence de douanier aide à la vente d’articles de contrebande.

Whiteblock connait une grande activité. Entre la 6e heure et la 22e heure, la jetée est pleine de foule, de théâtre de toutes sortes, du plus extravagant au plus classique, de musiques étranges. Mais à 22h la jetée ferme ses portes et il ne doit rester que les citoyens de la jetée. On conseille vivement aux marins de rejoindre la terre ferme pour finir la nuit dans une des nombreuses auberges de la capitale où coule l’alcool et où de charmantes femmes sont prêtes à beaucoup de choses pour délester un marin las de ses maigres économies.

Le Syndicat de Copropriété de la Jetée de Whiteblock contrôle les opérations d’une main de fer dans un gant de velours. Quelques mauvaises langues voient dans le syndicat une bande de criminels organisés mais eux-mêmes se considèrent comme une espèce de gouvernement autonome. Il organise une milice et perçoit un impôt sur les biens non manufacturés tels que les spectacles, la prostitution, la nourriture et les boissons.

La milice lutte d’arrache-pied pour réduire la criminalité inhérente à ce lieu peuplé d’une large foule. Du vol au meurtre, la jetée connaît ses faits divers plus ou moins expliqués et il n’est pas rare que quelqu’un disparaisse.

Dans la nuit, le bois qui soutient la jetée grince à cause du vent. En tendant l’oreille un homme à l’imagination trop développée pourrait penser entendre des hurlements.

Côté pile

La réalité, c’est qu’il s’agit bel et bien de hurlements.

Le Syndicat conserve avec jalousie le Coffret des Tempêtes, une boîte à musique à la mélodie hypnotique et à la technologie incompréhensible, trouvé il y a deux ou trois siècles lors d’une fouille de ruines sous-marines. Ses pouvoirs sont immenses et inspirent la crainte au pouvoir en place qui a conclu un accord avec le Syndicat dans le but de réguler les marées. Très peu de personnes sont au courant de son existence mais le fait est qu’à la tombée de la nuit, des ondins sortent de l’eau et escaladent la jetée pour tenter de récupérer leur relique. Ces hommes poissons viennent en masse, dévorant avec avidité tout ce qu’ils trouvent sur leur passage et cela vaut pour les appâts humains qui sont suspendus vivants sous la jetée.

Mais depuis quelque temps des mouvements de groupes se sont effectués au niveau supérieur du Syndicat. L’un des dirigeants actuels, porté là par une cabale, semble de plus en plus obsédé par le fait de comprendre comment fonctionne le Coffret pour pouvoir reproduire son effet. Ambitieux, il rêve de conquête et de pouvoir.

Il semble que contre des humains en bonne santé, et de préférence des enfants, certains marchands masqués lui fournissent des livres renfermant des connaissances interdites qui pourraient mettre en péril le statu quo qui dure depuis déjà deux siècles.

La milice enquête officiellement sur ces rapts d’enfants et de temps à autre des coupables sont arrêtés, jugés et exécutés. Etrangement la milice est toujours sur les lieux juste après la disparition de quelqu’un, à deux doigts de prendre les criminels sur le fait.

Personne ne se pose donc de question quand ce groupe de miliciens, dans leur uniforme noir et argent, sont rejoints par les collègues qui viennent de commettre l’enlèvement.

Côté tranche  (la vérité au-delà de la vérité)

Les hommes poissons qui tentent d’escalader la jetée la nuit ne dévorent pas les hommes suspendus, les cris d’horreurs ne sont en fait dus qu’à la peur panique qu’ont les sacrifiés en voyant approcher ces êtres gris et difformes.

Au petit matin, les hommes de la milice qui repoussent les ondins pendant la nuit, ne retrouvent que des cordes vides tachées de sang et pensent que les appâts ont été dévorés. S’ils ne revoient pas les humains libérés c’est surtout parce que ceux-ci ne remettent plus les pieds sur la Jetée et ne racontent à personne pourquoi on les a retrouvés sur la plage, à moitié nus, le lendemain matin. Leur histoire passe au mieux pour un songe d’ivrogne, au pire pour une démence débutante.

Si les ondins tentent de récupérer le Coffret chaque nuit, sans tenir compte des pertes, c’est parce qu’ils connaissent les risques encourus par son utilisateur.

Plusieurs centaines d’années auparavant, avant que le pays ne soit ce qu’il est, le niveau de la mer était plus bas et à la place de l’actuelle capitale s’étendait une ville encore plus vaste à la technologie beaucoup plus avancée. Le Coffret, mis au point par un scientifique qui voulait contrôler les marées pour faciliter la navigation dans les eaux australes, a été la cause de la montée des eaux qui a submergé une partie de cette cité, ne laissant que des ruines. Les guerres et le temps ont érodés les archives de ce pays, mais certains ouvrages rares ont été préservés dans des pays nordiques où le froid dessèche tant la peau que les hommes et les femmes vont en se couvrant le visage.

Les ondins sont les esprits tourmentés des anciens habitants de cette cité engloutie aux pieds de la capitale qui tentent d’empêcher que l’histoire ne se répète.

Cet article est sous license cc-by-nc.

L’Évêque Jacques de Timont


Côté face

Dans le diocèse de Mgr de Timont, les gens ne blaguent pas avec les affaires de mœurs : l’autorité veille au grain d’une main de fer dans un gant de titane blindé, et  l’austérité est de mise. Ah, c’est certain, le peuple ne rit pas beaucoup voire jamais, n’en ayant plus l’occasion.

Tout cela est dû à l’Évêque, qui impose la loi de l’Église dans la région, avec des diatribes dithyrambiques sur ce qui arrivera aux pêcheurs qui ne respecteront pas l’Ordre Céleste : l’Apocalypse viendra, et les enverra directement dans le dernier des plus horribles des enfers maléfiques – rien que ça.

Les gens hausseraient sans doute les épaules, courbant l’échine et hochant la tête à ce béni-oui-oui de cathédrale, si la milice privée du clergé ne sillonnait pas tous les quartiers de la ville du matin au soir, et surtout, du soir au matin, à la recherche de la moindre vilénie. On raconte même qu’il arrive parfois quelques bavures, et qu’on aura vu une bonne femme pendue pour avoir promis à son fils que le diable en personne le croquerait s’il ne finissait pas sa soupe.

Les événements religieux, les prières et le carême, ont totalement supplantés les anciennes traditions et les fêtes qu’organisait l’aristocratie de la ville pour le bon peuple. Aristocratie qui, d’ailleurs, ne se montre plus, et préfère laisser le soin de la fréquentation du peuple aux membres de l’Église, se réfugiant dans ses palais et ses soirées mondaines où, dit-on, même les plus grands font vœu de chasteté.

Au nombre des lois publiées par l’évêché se retrouve l’interdiction d’ébriété sur la voie publique, l’interdiction de manger de la viande le vendredi, l’obligation des femmes à porter un foulard dans la rue, et, le pire pour bon nombre de travailleurs honnêtes, l’interdiction formelle des aubergistes à tenir leur établissement ouvert après 23h.

C’est donc une ville bien morne, et une campagne grise, qui s’étale aux pieds de la cathédrale de  Mgr de Timont, qui, dit-on, est l’être le plus froid et misanthrope qui soit. Certes, il n’y a plus de voleurs, presque plus de mendiants, et plus personne ne se plaint. Mais les gens ont peur, s’ennuient, et n’ont plus goût à la vie.

Côté pile

L’Inquisition, à côté de l’évêque Jacques de Timont, ce sont des rigolos. Et pour cause : monseigneur a eu le droit aux visions terrifiantes d’un avenir proche. S’il ne fait rien, il sait que la ville sera la proie des flammes et entièrement détruite. Il a donc tout naturellement décidé d’agir.

Pragmatique – et peut-être un peu froid – il a commencé par s’attaquer aux racines du mal telles qu’il les a toujours imaginées : la plèbe et sa cour des miracles. Il a engagé des mercenaires privés, et a formé une petite armée, dans le but de contrôler tous les bas-quartiers. Il a ensuite simplement renforcé sa politique de moralisation et de culpabilisation des fidèles, en s’appuyant sur les déclarations du Comte de la ville, qui vit là un excellent moyen de contrôler la population à moindre coût pour son trésor.

Ce dernier a particulièrement bien compris le message de l’Évêque, et a donc changé ses habitudes. Tout d’abord, il a cessé d’employer autant de gardes pour la ville, Mgr de Timont semblant dépenser une somme folle là-dedans. Il ne s’inquiète pas outre mesure d’un renversement par l’Église, car il sait que la population sera prête à se soulever pour lui s’il le demande – avec des annonces contre cette politique beaucoup trop austère.

Maintenant qu’il n’a plus à occuper la foule avec du pain et des jeux, il peut tranquillement s’amuser dans des orgies dantesques avec le reste de l’aristocratie, qui échappe aux persécutions de l’évêché par de grasses sommes versées aux subalternes de l’Église. La corruption a donc disparu du bas de l’échelle, mais le haut est totalement pourri.

C’est ce dont s’est rendu compte Mgr de Timont, qui ne sait actuellement plus quoi faire. Il a renforcé l’austérité et il sent bien que le peuple n’acceptera plus grand chose. Il sait qu’il a une réputation d’homme froid et austère. Et il sait désormais que l’aristocratie, comme ses subalternes, sont tous corrompus, et cela l’inquiète d’autant plus qu’il a compris que c’était par là que viendrait l’apocalypse prochaine.

Il cherche aujourd’hui désespérément des alliés et des gens qui ne prennent pas peur à son approche, des gens qui ne soient pas mêlés à la politique pour surveiller et s’occuper des traîtres à sa cause, et, surtout, une solution pour juguler la débauche cachée de l’aristocratie de la ville.

Il est seul, et il a besoin d’aide, et l’apocalypse est proche.

L’auberge du pet qui chante


Côté Face

L’auberge du pet qui chante est tenue depuis trois générations par la famille Pentrevlein. Elle fut construite par Florir le grand-père de Hulta, l’actuel propriétaire. C’est une belle auberge de ville, cossue, solide et avenante avec ses murs de pierres brunes et son toit d’ardoises grises. L’auberge possède dix chambres, 6 au premier étage et 4 chambres de bonnes juste sous les toits.

Le rez-de-chaussée, tout en longueur, est quasiment uniquement composé de la grande salle commune. Les seules fenêtres sont celles qui encadrent la porte, dans le mur Ouest. La salle n’est toutefois pas sombre, de multiples lampes à huile l’éclairant. Contre le mur Est de celle-ci, en face de l’entrée, une grande estrade permet aux troubadours d’un soir de donner leur représentation. Une grande cheminée, au centre du mur Sud, brûle quasi continuellement, entourée de quelques fauteuils de cuir, laissés à la disposition des clients les plus riches, qui peuvent s’acquitter du supplément nécessaire pour avoir le droit de s’y asseoir. Pour les autres, quantité de chaises sont disposées autour des tables rondes autour desquelles les serveuses se déplacent avec adresse, évitant les ivrognes ou les mains des clients trop entreprenants. C’est contre le mur Nord que trône le bar, derrière lequel Hulta veille, surveillant d’un œil affable sa salle commune.
A gauche du bar, près du mur Ouest se trouve l’escalier permettant d’aller à l’étage. A droite du bar, deux portes, l’une permettant d’aller dans la cuisine, l’autre dans la réserve. Au fond de la cuisine, un escalier permet de monter dans l’appartement des propriétaires.

La seule étrangeté de l’auberge se trouve être les petites sculptures de diablotins que l’on peut trouver un peu partout. Des petits diables en argile, riants aux éclats, autour de la cheminée. Des petits diables dansants gravés dans les poutres, des têtes de diables grimaçants au bout des rampes des escaliers. Hulta adore d’ailleurs raconter l’histoire de ses petits diables. C’est son grand-père le responsable explique-t-il. Son grand-père était un homme très superstitieux, vous dira-t-il. Il pensait que la seule façon d’être sûr qu’aucun diable ou qu’aucun lutin ne vienne hanter une demeure était de leur faire croire que celle-ci était déjà hantée. C’est pour cela que, lors de la construction de l’auberge, il avait tenu à ce que l’on ajoute les diables : pour faire croire que l’auberge était déjà hantée.

L’auberge est connue pour être un havre de paix. Hulta, le taulier ne laisse aucune bagarre dégénérer. Ses trois fils étant aussi bien bâtis que lui, ils n’ont aucun problème à faire régner le calme dans la salle commune, même lors des pires soirées de beuverie. Et si pour cela, ils doivent rosser un soûlard, cela ne leur pose pas de problème. Mais le Pet qui chante est aussi connu pour être une auberge altruiste. Chaque semaine, Hulta organise, sur la place en face de l’auberge, une distribution de nourriture pour les plus nécessiteux. S’y pressent orphelins, mendiants, sans le sou et même quelques paysans de passage en ville, qui économisent ainsi le prix d’un repas.

Hulta Pentrevlein est le père de quatre enfants, trois garçons et une fille, la fille étant la cadette. Enfin, il faudrait plutôt dire était. En effet il y a quelques semaines, la femme et la fille d’Hulta, alors qu’elles allaient voir un de leurs cousins possédant une ferme à quelques jours de voyage, ont été attaquées par une bande de brigands. Un de leurs chevaux est revenu à l’auberge et lors de la battue qui a été organisée pour les retrouver, des traces de leur campement dévasté ont été retrouvées.

Depuis cet événement, Hulta semble plus renfermé, moins chaleureux, plus irascible aussi. Des cernes profondes ternissent son visage, il a visiblement perdu du poids et son tablier bleu foncé flotte autour de lui. Mais la douleur qui les affecte lui et ses fils ne les empêche pas de continuer à faire tourner l’auberge, qui se remplit jour après jour… Déjà d’ailleurs les veuves des alentour commencent à réfléchir au bon parti que pourrait faire l’aubergiste.

Côté Pile

Hulta, comme son père et son grand-père avant lui, pactise avec des forces dont il n’a pas idée. C’est grâce aux noires puissances qu’il conjure que son auberge réussit aussi bien, grâce à elles aussi qu’elle a d’ailleurs été construite. Jamais de maladie, jamais de vers dans les réserves, des concurrents ou des gêneurs qui meurent dans leur sommeil exactement quand il le faut… Quant à l’auberge elle paraît indestructible, sans que jamais une ardoise ne se fende, ou qu’un meuble ne soit rongé par les termites…

Les anciens pourraient même se souvenir qu’il y a de cela un certain nombre d’années, alors qu’Hulta n’était pas encore né, un feu était né dans des masures légèrement au Nord de l’auberge. Attisé par un vent assez violent, il avait dévoré maison après maison, se rapprochant de plus en plus de l’auberge. Mais alors qu’il aurait dû s’attaquer au bâtiment, le feu l’avait tout simplement évité. Le père d’Hulta avait alors crié au miracle et c’est à ce moment-là qu’il avait décidé d’offrir un repas par semaine aux nécessiteux, pour remercier les dieux.

Les nécessiteux, parlons-en d’ailleurs. S’ils n’étaient pas si occupés à boire chaque goutte d’alcool leur tombant dans le gosier, peut-être se rendraient-ils compte que certains d’entre eux disparaissaient, sans laisser de trace… Mais qui s’occupe des nécessiteux ?

Tout comme qui s’occupe des voyageurs qui logent dans les chambres de bonnes, avec qui on partage un repas… Et qui le lendemain matin partent si tôt que personne n’est là pour témoigner qu’ils sont bien partis ?

Qui sait, peut-être que si l’on soulevait la trappe qui se trouve dans la réserve, sous le faux tonneau de viandes séchées, tout au fond, et qu’on descendait l’échelle, on retrouverait leurs os, jetés dans un coin…

Ce qu’on trouverait en tout cas, c’est un grand autel sacrificiel où Hulta et ses fils invoquent le démon qui leur offre son aide et lui offrent l’âme des pauvres bougres qu’ils égorgent. Et une fois que le démon s’est régalé de celles-ci, ce sont eux, pauvres sorciers humains qui se régalent de la chair d’un malchanceux. Car c’est le prix que réclame le démon. Des âmes et du cannibalisme.

Mais ce n’est pas la seule chose que l’on trouverait dans ce sous-sol si on y descendait, dans une des geôles aménagées à même la roche, on trouverait aussi Ilvir la femme d’Hulta et Trinias leur fille. Elles n’ont pas été attaquées par des bandits, non… Elles sont retenues, dans le sous-sol.

Retenues jusqu’à la cérémonie qui doit permettre aux fils d’Hulta de gagner les mêmes pouvoirs que leur père. Car le démon pour cette cérémonie a exigé un prix bien spécial, pour lui l’âme de Trinia et sa chair pour ses invocateurs.

Ilvir, bien qu’au courant depuis de longues années des abominations de son mari, a alors ouvert les yeux. Elle s’est enfuie avec sa fille, espérant la sauver de son tragique destin. Mais que peut une simple aubergiste contre un démon ? Hulta et ses fils ont donc rattrapés les fuyardes et ont inventé toute l’histoire des bandits. Ils ont ensuite tranquillement séquestré la mère et la fille.

Il ne reste plus que quelques jours, moins d’une quinzaine avant que la cérémonie n’ait lieu. Ilvir, la pauvre, a perdu la raison dans son cachot.

Trinias sera-t-elle sauvée ? Ou mangée par ses frères ?