L'Évêque Jacques de Timont

25-11-2010

Côté face

Dans le diocèse de Mgr de Timont, les gens ne blaguent pas avec les affaires de mœurs : l'autorité veille au grain d'une main de fer dans un gant de titane blindé, et  l'austérité est de mise. Ah, c'est certain, le peuple ne rit pas beaucoup voire jamais, n'en ayant plus l'occasion.

Tout cela est dû à l'Évêque, qui impose la loi de l'Église dans la région, avec des diatribes dithyrambiques sur ce qui arrivera aux pêcheurs qui ne respecteront pas l'Ordre Céleste : l'Apocalypse viendra, et les enverra directement dans le dernier des plus horribles des enfers maléfiques - rien que ça.

Les gens hausseraient sans doute les épaules, courbant l'échine et hochant la tête à ce béni-oui-oui de cathédrale, si la milice privée du clergé ne sillonnait pas tous les quartiers de la ville du matin au soir, et surtout, du soir au matin, à la recherche de la moindre vilénie. On raconte même qu'il arrive parfois quelques bavures, et qu'on aura vu une bonne femme pendue pour avoir promis à son fils que le diable en personne le croquerait s'il ne finissait pas sa soupe.

Les événements religieux, les prières et le carême, ont totalement supplantés les anciennes traditions et les fêtes qu'organisait l'aristocratie de la ville pour le bon peuple. Aristocratie qui, d'ailleurs, ne se montre plus, et préfère laisser le soin de la fréquentation du peuple aux membres de l'Église, se réfugiant dans ses palais et ses soirées mondaines où, dit-on, même les plus grands font vœu de chasteté.

Au nombre des lois publiées par l'évêché se retrouve l'interdiction d'ébriété sur la voie publique, l'interdiction de manger de la viande le vendredi, l'obligation des femmes à porter un foulard dans la rue, et, le pire pour bon nombre de travailleurs honnêtes, l'interdiction formelle des aubergistes à tenir leur établissement ouvert après 23h.

C'est donc une ville bien morne, et une campagne grise, qui s'étale aux pieds de la cathédrale de  Mgr de Timont, qui, dit-on, est l'être le plus froid et misanthrope qui soit. Certes, il n'y a plus de voleurs, presque plus de mendiants, et plus personne ne se plaint. Mais les gens ont peur, s'ennuient, et n'ont plus goût à la vie.

Côté pile

L'Inquisition, à côté de l'évêque Jacques de Timont, ce sont des rigolos. Et pour cause : monseigneur a eu le droit aux visions terrifiantes d'un avenir proche. S'il ne fait rien, il sait que la ville sera la proie des flammes et entièrement détruite. Il a donc tout naturellement décidé d'agir.

Pragmatique - et peut-être un peu froid - il a commencé par s'attaquer aux racines du mal telles qu'il les a toujours imaginées : la plèbe et sa cour des miracles. Il a engagé des mercenaires privés, et a formé une petite armée, dans le but de contrôler tous les bas-quartiers. Il a ensuite simplement renforcé sa politique de moralisation et de culpabilisation des fidèles, en s'appuyant sur les déclarations du Comte de la ville, qui vit là un excellent moyen de contrôler la population à moindre coût pour son trésor.

Ce dernier a particulièrement bien compris le message de l'Évêque, et a donc changé ses habitudes. Tout d'abord, il a cessé d'employer autant de gardes pour la ville, Mgr de Timont semblant dépenser une somme folle là-dedans. Il ne s'inquiète pas outre mesure d'un renversement par l'Église, car il sait que la population sera prête à se soulever pour lui s'il le demande - avec des annonces contre cette politique beaucoup trop austère.

Maintenant qu'il n'a plus à occuper la foule avec du pain et des jeux, il peut tranquillement s'amuser dans des orgies dantesques avec le reste de l'aristocratie, qui échappe aux persécutions de l'évêché par de grasses sommes versées aux subalternes de l'Église. La corruption a donc disparu du bas de l'échelle, mais le haut est totalement pourri.

C'est ce dont s'est rendu compte Mgr de Timont, qui ne sait actuellement plus quoi faire. Il a renforcé l'austérité et il sent bien que le peuple n'acceptera plus grand chose. Il sait qu'il a une réputation d'homme froid et austère. Et il sait désormais que l'aristocratie, comme ses subalternes, sont tous corrompus, et cela l'inquiète d'autant plus qu'il a compris que c'était par là que viendrait l'apocalypse prochaine.

Il cherche aujourd'hui désespérément des alliés et des gens qui ne prennent pas peur à son approche, des gens qui ne soient pas mêlés à la politique pour surveiller et s'occuper des traîtres à sa cause, et, surtout, une solution pour juguler la débauche cachée de l'aristocratie de la ville.

Il est seul, et il a besoin d'aide, et l'apocalypse est proche.