Critique de Z-Corp

26-01-2011

J'ai récemment été pris dans une embuscade. Un dîner entre amis anodin qui s'est transformé en partie de jeu de rôle après qu'avec un grand sourire notre hôte m'ait sorti le livre de règles et me disant "Il a l'air cool, on essaye ?"

Z-Corp, couverture

Z-Corps (256 pp), 7e Cercle, 44€

Voilà donc la bête. Après une première partie intéressante et une lecture approfondie du livre, je peux maintenant écrire une review. Passons donc la première page.

1 - Univers

Z-Corps vous offre un univers relativement atypique pour un jeu de rôle, loin du cyberpunk ou du médiéval fantastique. Il reprend d'une façon sérieuse des thématiques déjà traitées en partie dans Brain Soda ou dans le jeu de rôle Zombies, qui le faisait pourtant de façon beaucoup moins sérieuse. Vous l'aurez compris il s'agit de zombies.

Pour le joueur, nous sommes en 2012, pendant l'été, et une étrange épidémie se déclare quelque part au Kansas. L'armée américaine montre son inutilité et l'éradication de l'épidémie est confiée aux Z-Corps, une milice privée de la compagnie OneWorld qui est en quelque sorte un google qui bosse dans les milieux humanitaires et pharmaceutiques avec les meilleures intentions du monde.

Une des originalités, c'est ce début d'épidémie plus ou moins contrôlée où les foyers sont identifiés et où il reste donc des zones saines.

Pour le MJ l'univers renforce son originalité dans sa cohérence très forte : on sait d'où vient l'épidémie, qui en est à l'origine, quelles forces sont en présence. Tout ce qui peut sembler simple aux joueurs devient tout d'un coup un jeu de faux semblants, de miroirs et de trompe l'œil. Les réponses existent mais chacune d'entre elles peut amener toujours plus de questions jusqu'aux révélations finales.

2 - Survivre, décontaminer, jouer

Deux modes de jeux s'offrent aux joueurs : survivre et décontaminer.

Survivre, c'est la base. Vous êtes en train de faire un barbecue et votre cousin trouve que votre mère est vraiment appétissante ou vous vous réveillez en pleine rue parce que votre colocataire a des rapports anthropophages avec sa conquête de la soirée. D'un seul coup cette révélation vous frappe : le prochain repas ça sera peut-être vous, et ceux qui ont été mangés feront partie des convives. Il ne vous reste qu'une chose à faire : vivre.

Ce mode de jeu modélise donc un américain plus ou moins lambda dans une épidémie complexe qui transforme les gens en morts-vivants anthropophages. Survivre le plus longtemps possible, mais également poser des questions inhabituelles en temps normal.

Décontaminer, c'est la suite. Le joueur se glisse dans la peau d'un Z-Corp, mercenaire spécialisé dans la destruction de zombie. La structure paramilitaire de ces parties, avec un briefing, une mission précise et une structure bureaucratique lourde. En échange les joueurs gagnent un soutien important et obtiennent du matériel de pointe. Le joueur est alors amené à vivre des situations où son personnage est mis face à des dilemmes moraux importants.

Car certaines missions annoncées comme des missions de routines peuvent se retrouver avec de nombreuses autres implications, entraînant les joueurs dans une guerre qu'ils n'avaient même pas imaginée.

3 - Système de jeu

Au-delà de ces considérations sur l'univers, regardons un peu le moteur de la bête.

Première constatation, nous sommes en terrain connu puisqu'il s'agit du System D6 aménagé. Ce moteur est déjà utilisé dans de nombreux jeux comme Star Wars RPG, Paranoïa ou encore Les Metabarons. Le système met en avant les compétences avant toute chose et leur spécialisation. Le System D6 (ou Open D6) se caractérise par l'utilisation du D6 sauvage (ou Dé Joker), un dé ouvert lancé à côté des autres et qui détermine les coups critiques. Personnellement la gestion des échecs critiques proposées me semble très intéressante (il propose notamment de remplacer un échec cuisant par une petite réussite qui a de graves conséquences). Des bonus sont possibles pour les jets par l'intermédiaire des points de personnage et des points de Cojonès (utilisables une fois par partie et permettant une action d'éclat).

A noter (et cela fera très plaisir à Mr Jmad), que l'Open D6 est un système OGL (Open Game License), c'est à dire un système de règles libre réutilisable, modifiable et redistribuable.

Le jeu inclue en outre des règles assez spécifiques en terme de gestion de stress (sur une échelle gérant des malus à donner en fonction des situations et des actions des joueurs et de leur volonté), de contamination et des modèles de zombies qui, bien que peu originaux (on n'en compte au final que 5) permettent de créer des altercations réellement intéressantes.

On peut y ajouter la gestion de traumatismes (phobies, amnésies, névroses, hallucinations ...) et surtout les réponses que OneWorld y apporte qui sont pour le moins originales. De quoi plonger lentement les survivants dans la folie pour rendre les évènements toujours plus dramatiques.

Semaine 6 Ce n'est pas encore la fin du monde, mais le vent charrie déjà son odeur pestilentielle." "Sur les ondes, des messages du gouvernement et de OneWorld tournent sans discontinuer. [...] Le centre du pays est désormais une énorme zone de quarantaine, un terrain de guerre. Et ceux qui sont autour se demandent pour combien de temps ils en ont avant de croiser des morts cannibales au coin de leur rue.

Conclusion

Z-Corps est un jeu à l'univers particulier. Il ne plaira pas à tout le monde, surtout à ceux qui n'aiment pas les univers réalistes. Cependant son ambiance du côté des Z-Corps se teinte progressivement de science-fiction paranoïaque, entre recherches étranges et secrets d'Etat. Son background reste d'une très grande cohérence et réservera des surprises à tous.

Si le système n'a rien de nouveau, il est relativement pertinent (même s'il fait quand même beaucoup appel au hasard) et contient quelques originalités avec sa gestion des traumatismes, du stress et des combats de véhicules. Seul bémol, les règles de gestion de dégâts qui se révèlent difficiles à comprendre (sans doute un défaut de traduction), les explications de deux paragraphes me semble relativement courtes pour quelque chose d'aussi important dans un jeu où les combats ont une place importante.

En résumé

On aime :

On regrette :