Brummludek, nain et charpentier

02-01-2012

Ce qu'il y a de bien avec les changements de PC, c'est qu'il faut tout installer et tout migrer. Du coup on fait un peu de ménage et on retrouve des pépites. Comme par exemple les différents textes que j'avais pondus pour illustrer la vie de mes deux persos à Everquest 2, courant 2006. Voici donc le texte de présentation de Brummludek, mon nain comment dire... un peu spécial, avec lequel j'ai passé des heures entières de fou rire sur le chat In Game (et sur les forums). Mais place au texte et au nain, écrit le 26 avril 2006.

Le large bateau s'approchait lentement du quai de Grise Pierre. Le manque de vent avait forcé l'équipage à se mettre aux avirons. Enfin, il accosta. La passerelle fut descendue et les passagers se préparaient à descendre. Un grand barbare, un pagne de fourrure de lion, une paire de bottes fourrées et une énorme hache à deux mains pour tout habit s'apprêta à rejoindre la terre ferme.

"Hé espèce de gros tas de muscle sans cervelle, ta mère ne t'a jamais appris qu'il fallait laisser passer les anciens, pousse-toi donc de là !"

Le barbare, surpris, baissa les yeux. Un vieux nain, petit, même pour un nain, le visage rouge de colère, bouscula les genoux du barbare et descendit à quai.

La taille du vieux nain suffisait à ce qu'on le remarque. Sur tout Norrath, il aurait en effet été difficile de trouver un nain plus petit que lui. Même les gnomes étaient plus grand que lui. Brummludek, car c'était ainsi qu'il se nommait, était donc un tout petit nain. C'était aussi un très vieux nain. Il ne cessait d'ailleurs de le répéter, se servant de ce prétexte pour se faire offrir à boire ou à manger ou tenter d'apitoyer une petite elfette afin qu'elle "vienne réchauffer ses vieux membres froids et douloureux".

Bien malheureux d'ailleurs celui qui se serait laissé attendrir, malgré son âge et sa petite taille, Brummludek était capable de venir à bout, sans difficulté, des plus grands festins, buvant chope sur chope pour faire descendre le tout. Repus, les yeux brillant, il est fort possible qu'il finisse alors le repas par un monumental rot, remerciement bruyant à l'attention du pauvre bougre qui se serait laissé aller à lui offrir un repas. Si celui-ci n'a pas déjà fuit en courant et qu'il offre une ou deux grandes choppes de plus à notre vieux nain, il aura alors le douteux plaisir de voir celui-ci lui raconter un de ces hauts faits d'arme, lorsque lui, pourtant faible petit mystique, se retrouvait seul face à une horde de trolls enragés et, n'écoutant que son courage, fonçait dans le tas, et en ressortait victorieux.

"Vous vous demandez sûrement pourquoi j'étais tout seul face à une telle horde sauvage" vous demandera-t-il de sa voix bourrue, posant une de ses grosses mains de nain sur votre genoux si vous êtes une femme. "Oui, pourquoi étiez-vous seuls" demanderez-vous alors, pressé, ou pressée, qu'il finisse son histoire afin que vous puissiez vous échapper.

"Tout simplement parce que ces peureux d'efféminés de hauts elfes étaient trop occupés à faire dans leur robe de mage tellement ils avaient peur de mourir pour venir m'aider, il a bien fallu que quelqu'un s'occupe du sale boulot." vous répondra-t-il. Suivant les cas ça ne sera pas des trolls mais des ogres, des gnolls ou des orques. Si vous lui offrez assez à boire, il vous racontera peut-être même son combat, seul à seul, avec un grand dragon rouge. Combat qui lui valut de recevoir les vilaines cicatrices qui barrent son visage.

Brummludek que nous connaissons maintenant un peu mieux, descendit donc lentement de la passerelle du bateau. Comme à son habitude, il râlait dans sa barbe, naguère noire comme le charbon, aujourd'hui grise avec des poils blancs, son grand marteau de guerre, qu'il appelle Brise-Crane, attaché dans son dos.

Si Brummludek râlait, c'était pour une bonne raison, il voulait que le capitaine du navire fasse un crochet pour le déposer au Bois des Saules, le quartier où la plupart des elfes et demi-elfes vivent. Pourquoi voulait-il être déposé la-bas, vous demandez-vous sûrement ? Après tout il n'a pas l'air d'aimer les elfes. En effet, Brummludek déteste cordialement les elfes, mais il adore les elfettes. Et son âge plus que canonique n'a pas réduit son appétit dans ce domaine, voire l'inverse, pourrait-on même dire.

Une fois arrivé sur le quai, notre vieux nain, s'engagea donc sur la route pavée qui l'amènerait jusqu'au Bois des saules où il était bien décidé à vivre. Râlant dans sa barbe, son crâne chauve brillant au soleil, il avança lentement, sortant de temps à autre de son sac une petite chopine de voyage, fermée par un capuchon de bois, la vidant d'une seule traite puis la jetant, vide, sans plus y porter attention.

Enfin, le bois des saules apparut devant lui, enfin, parce qu'avec ses petites jambes, il mit quelques heures pour arriver. Le long arrêt à l'une des  taverne de Grise Pierre, où il défia un autre nain à un concours de boisson, concours qu'il gagna haut la main, y fut sûrement aussi pour beaucoup.

Le bois des saules apparut donc devant notre tout petit héros. Les oiseaux chantaient gaiement dans les arbres, les petits lapins jouaient à cache-cache dans l'herbe, les fleurs des champs exhalaient leur doux parfums tandis que le soleil caressait doucement ce paysage de carte postale de ses tendres rayons.

"Foutre-Troll j'espère que la Bière de la Taverne ne ressemble pas à de la pisse de Greloks, je n'ai plus qu'une seule chopine de voyage." La voix râpeuse de Brummludek fendilla légèrement cette vision paradisiaque tandis que les oiseaux cessaient de chanter, que les fleurs refermaient leurs pétales, outrées, et que les petits lapins filaient se cacher dans leurs terriers.

D'un bon mais petit pas, Brummludek se dirigea vers l'auberge, hurlant de colère lorsqu'un elfe, filant vers les ruines de la forêt, faillit l'écraser. De colère, toujours, il en lança même sa dernière chopine de voyage, toujours pleine, tentant d'assommer l'indélicat. Il finit toutefois par arriver à l'auberge. Ouvrant la porte, en pestant contre les portes qui n'étaient pas prévues pour les nains, il se retrouva nez à nez avec la tenancière qu'il ne se priva point de longuement détailler.

"J'aimerais louer une chambre ma jolie, une belle grande chambre, j'ai de quoi payer." demanda notre nain avec aplomb, faisant tinter les quelques pièces de sa bourse.

"Une chambre monsieur nain ? Nous en avons de libre à 5 pièces d'argent la semaine, pour ce prix vous aurez droit à une table et une paillasse de paille." répondit la tenancière, rougissant légèrement sous le regard plus qu'appuyé du nain. Fronçant aussi légèrement lorsque l'odeur que dégageait celui-ci arriva à ses narines. Elle rajouta alors, faisant de son mieux pour ne pas montrer son malaise "les bains ne sont pas compris dans le prix, il vous en coûtera 10 pièces de cuivre par bain."

"Un bain ?" répondit le nain. "Mon dernier bain remonte à, à peine, 6 mois, je n'ai pas encore besoin d'en prendre un nouveau." Se grattant pensivement la barbe, il partit dans un gros rire gras avant de poursuivre "À moins que vous ne vouliez partager ce bain avec moi, dans ce cas là, je me ferai un plaisir d'accepter".

"Non, non, pas du tout, aucunement, voilà vos clef, désolée j'ai à faire" répondit la tavernière qui ne désirait plus qu'une chose, fuir la compagnie de ce nain plus qu'entreprenant. "Et je vous rappelle que la chambre n'est pas meublée, il faudra acheter vos meubles" rajouta-elle, en posant les clefs de la chambre sur le comptoir et de partir, s'enfuir plutôt par la porte marquée privée "votre chambre est à l'étage, la 42".

"Ne vous inquiétez pas ma belle, je suis charpentier, je vais rapidement meubler tout ça, il me faut au moins un lit pour accueillir mes conquêtes, mais d'abord la Taverne".

Empochant les clés de sa chambre, il se mit alors en quête de la taverne et du robinet à bière.