VEDUT... "Le tombeur"

17-01-2012

J'ouvre aujourd'hui cette rubrique "Vous êtes dans une Taverne..." ou "VEDUT...", en commençant par vous expliquer son origine. Pour ça, je dois revenir quelques années en arrière dans ma vie, lorsque je jouais à Angoulême avec mon groupe d'amis, et ses jours pleins d'insouciance.

Fatigué après toutes ces longues séances de jeux, entre un prototype de R.O.B.O.:T. et du Warhammer qui tache, Iblitz est arrivé avec son petit concept stupide (mais particulièrement drôle) : VEDUT.

"Vous êtes dans une taverne..." est l'introduction la plus classique et la plus clichée que je connaisse dans l'univers du jeu de rôle. C'est l'équivalent du héros de jeu vidéo qui commence l'aventure en se réveillant, juste après avoir fait un cauchemar sur la fin du monde.

Bref, l'idée, c'est justement de jouer une partie... dans une taverne, et uniquement dans cette taverne.

Vous avez maintenant une petite idée de quoi je viens vous parler aujourd'hui.

Le tombeur, aussi appelée "chez Bern"

Dans une rue à fort passage, la taverne "Le tombeur" est repérable à son insigne : un homme à genou devant une femme en robe. Il faut dire que la légende raconte que son propriétaire était un ancien noble ayant fui un ex-futur beau-père colérique, loin dans les terres du Sud, après avoir découvert que son ex-futur gendre bécotait sa femme.

En tout cas, Bern (tout le monde l'appelle "Bern") n'a jamais démenti, derrière son comptoir à servir les clients. C'est le genre de tavernier en qui vous sentez le gars qui a roulé sa bosse, qui est maintenant posé, et qui aime raconter des histoires (prétendument les siennes) en tâtant d'une main son ventre bedonnant. Dire que vous avez du mal à l'imaginer en beau jeune homme musclé est peu dire, mais, heh, il raconte bien.

Cela dit, vous ne douteriez pas non plus de l'utilité de son tromblon, fièrement accroché au-dessus de lui, entre les différents trophées des concours de franc-tireurs. Il doit certainement savoir s'en servir.

Ses serveuses et ses habitués

Que serait une taverne sans ses serveuses ? Car si en cuisine Bern ne jure que par son petit-fils Melvin, il refuse que les clients soient servis par d'autres mains que celles de femmes. Pas de jeunes filles, non : de femmes. Du genre qui sont mariées, et savent se défendre devant les avances et les mains baladeuses de la clientèle.

Parmi les habitués, on retrouve le vieux Joe, toujours à fumer la pipe le midi en prenant son repas. Il vient là chaque jour du lundi au jeudi, à la même heure, et commande toujours la même chose. Il paraît qu'il travaille à la fabrique de papier pas loin. On le retrouve aussi parfois au comptoir, le soir, lorsqu'il fait trop froid dehors pour se balader.

On retrouve le groupe de 3 ou 4 joueurs de dés habituels – des gens agréables qui jouent entre eux depuis tellement longtemps qu'ils ne parient plus que des sommes symboliques. Et puis, même si un étranger vient jouer, ils ne le plument pas, suite à un mauvais souvenir. Ce genre de mauvais souvenir qui laisse une trace de hache dans le parquet, entouré d'un halo incrusté de sang séché.

Juste à côté se trouve la petite scène, où poètes et conteurs itinérants viennent se produire, lorsque ce n'est pas Jenny qui vient donner de la voix avec sa harpe. Les gens l'aiment bien, mais elle a d'autres clients. Du genre moins intéressés par sa voix que par le reste (encore que...). Elle vient là car, sous le toit de Bern, on ne touche pas aux filles (jamais, vraiment). Il y veille, et ça donnerait mauvaise réputation - et la mauvaise réputation c'est pas bon pour les affaires.

Oh, il y a bien d'autres habitués, des clients globalement de la classe moyenne, des artisans, quelques artistes, des contremaîtres de chantiers, bref tous ceux qui peuvent s'offrir un bon repas, et une bonne bière le midi, ou le soir après une dure journée.

Des gens honnêtes.

État des lieux

[caption id="attachment_348" align="alignright" width="150" caption="Post-it de plan vite-fait pour la taverne "Le tombeur""][/caption]

Si les habitués sont comme des meubles vivants, il faut quand même parler un peu de l'aménagement. Vous savez déjà qu'il y a un comptoir – un beau meuble en bois ciré et entretenu, avec quelques grands tabourets pour s'asseoir devant – et un tromblon accroché au-dessus, à porté de main du tenancier.

Il y a les tables, rondes pour la plupart, avec deux grandes tables centrales, rectangulaires, pour 6 à 8 personnes chacune. Les poteaux sont décorés par les sculptures des artistes qui  n'ont pas toujours de quoi payer la note, et qui remboursent par leur travail.

Sur le côté droit à l'opposé du comptoir se trouve la scène, sur-élevée d'à peine 50cm, avec trois marches, juste à côté de la sortie des cuisines, d'où s'échappent les bruits des fourneaux, de Melvin et sa voix grave, et les couinements des marmitons qui se font engueuler de temps en temps.

Au fond une rangée de petites tables pour deux, ou individuelles (c'est souvent à celle sous l'escalier que se trouve le vieux Joe), et du côté du comptoir l'escalier qui mène à deux salons privés, pour les réceptions ou les réunions de famille de ses meilleurs clients. Parfois, il y reçoit un groupe de moines, ceux du temple tout proche sur la grande place, au bout de la rue principale.

La décoration est hétéroclite, entre des trophées de concours, des sculptures en bas-relief sur le bois, des objets exotiques provenant des voyages de Bern – ou des camelots à qui il les a achetés. On trouve même au milieu une ou deux icônes religieuses, généralement recouvertes d'une épaisse couche de poussière et de graisse. Ici, on est plus superstitieux que croyant.

La bonne humeur et les choses dans l'ombre

Il y a une bonne ambiance dans la taverne. Bern agit en père de famille pour ses employés, et il respecte globalement ses clients – tant que ceux-ci ont les moyens de payer, en espèce ou en service. Il n'est pas trop regardant sur les amants qui viennent se retrouver là, ou sur les clients qui ne sont pas bavards. Il sert à boire et à manger, il n'empêche pas les hommes de se saouler, mais seulement de se battre (ou alors pas trop longtemps).

Pourtant, le tromblon n'est pas tout à fait là pour rien, et il a déjà servi contre les fantômes de son passé. Il y a aussi son petit-fils qui n'est pas tout à fait blanc comme neige avec certaines anciennes serveuses.

Ne parlons pas non plus d'un des joueurs de dés qui a contracté quelques dettes de jeux ailleurs, ni du vieux Joe qui espionne un jeune couple qui vient se retrouver là de temps en temps.

Que dire de la chanteuse à la harpe, Jenny, qui disparaît parfois une semaine ou deux de la circulation, avant de revenir donner de la voix ?

Chacun a ses petits secrets, les gens ici ne sont pas très regardants, mais ils ont tous quelque chose à cacher.