The big red

23-01-2012

Pour changer du très classique moyen-âge, jetons un coup d’œil vers le Far-West américain, tel que nous nous l'imaginons en regardant un western spaghetti des années 60. Le genre de cadre qui colle bien avec un jeu comme Deadlands, que je conseille vivement, tant pour son univers que pour son système de récompenses.

Côté face.

Qu'est-ce qu'une vieille ville minière sans son saloon ? Rien, probablement ; et "The Big Red" ne fait pas exception à la règle avec son saloon au nom éponyme. Il faut dire que les gens du coin n'ont pas une grande imagination pour nommer les choses - ou bien est-ce un signe de sagesse ancestrale ? Ici, les choses sont appelées par leur nom : la ville porte le  nom de l'immense montagne rouge contre laquelle elle s'adosse, affalée comme un vieux cow-boy à l’harmonica dans son rocking-chair. Et le saloon, lui, porte le nom de sa ville - même si tout le monde l'appelle ici "le Saloon".

Il en va de même pour le bétail, et les gens. Entre eux, ils s'appellent "épicier", "pasteur", ou bien "shérif". D'ailleurs, on appelle bien la belle Stecy "beauté" dans son dos - enfin, surtout dans le dos de son père, le shérif local. Il faut dire qu'elle est belle : une vrai... beauté !

J'vous ai parlé de Ron & Paul L. Haas ? Respectivement, le père et le fils, l'armurier et l'épicier, ils sont un peu en froid, mais ça fait rire tout le monde ; la femme Haas en premier lieu, qui est à la tête du club des bondieuseries des femmes, pour le pasteur. Étrangement, personne ne connaît le prénom du pasteur, mais tout le monde l'appelle "Pasteur Endritch", ou "Mon Père", c'est comme vous voulez. Moi je ne l'appelle pas, on ne garde pas le même troupeau.

Ce groupe de femmes chante tous les dimanches pour le Saint Père, accompagné à l'orgue par le pianiste du saloon, George Tulh, un noir affranchi il y a 35 ans par ses maîtres sur leur lit de mort. Il a même un papier du notaire signé comme il faut, même si, dans ce coin-là du monde, personne n'a besoin de ça pour être libre.

Tout ce beau monde descend justement de la chapelle en bois, et si mes yeux fatigués ne m'ont pas trompé, je vois le chariot du croque-mort prendre la tête de la procession vers le cimetière. Qui on enterre ? Je crois bien que c'est la grand-mère de l'institutrice, mademoiselle Benoît Amandine, morte dans son sommeil (son prénom ça devait être un truc comme Marie, ou bien Jeanne). La pauvre femme ; au moins on raconte qu'elle aura eu une vie bien remplie, et que le Seigneur fait bien de la rappeler avant qu'elle ne souffre trop de sa maladie.

Enfin, moi, pour ce que j'en sais... je ne suis pas médecin, contrairement au Dr. Ardono - tout le monde l'appelle le Doc, j'ai oublié son prénom... un truc comme "Ferdinando" ou un truc du genre. Je l'aime pas, il m'a arraché une dent parce que j'avais mal, mais j'ai l'impression d'avoir eut cent fois plus mal à cause de ça. Hrm... 'fin bref.

Oh ? Et moi ? Je suis "Big Red", tout simplement. Le seul peau-rouge qui reste dans le coin, le cul collé à mon banc, lorsqu'un blanc bec ne vient pas louer mes services pour faire le tour de la région.

Côté pile.

"Big Red" est le surnom du vieil Indien qui reste assis devant le saloon de la ville. Personne ne fait attention à lui, mais lui il en sait beaucoup plus que ce qu'il dit. Par quoi commencer ?

Tenez, Ron et Paul L. Haas sont bel et bien fâchés en public, et personne ne sait pourquoi. Ils ont couché tous les deux avec la même femme, en même temps. Sauf qu'ils sont maintenant jaloux - dommage hein ? La femme de Paul L. Haas - le père de Ron donc - fait celle qui ne sait rien et qui croit à leurs histoires d'accidents de chasses. Elle ne fait pas l'autruche pour rien, parce qu'en attendant elle se tape le croque-mort en secret, et que ça l'arrange de passer pour une cruche - une cruche très pieuse d'ailleurs.

Ah, et la grand-mère du professeur Benoît ? Elle est bien morte dans son lit, en plein sommeil, mais c'est sa petite-fille qui l'y a aidé un peu. L'histoire est un peu complexe, mais en substance, la vieille avait découvert ses liaisons avec les deux hommes, et par on ne sait quelle miracle, Amandine réussit à convaincre le docteur que sa grand-mère était folle et très dangereuse pour sa vie, et qu'il lui fallait un traitement pour la faire dormir et la maintenir au calme. Elle aurait d'ailleurs pu s'en tenir là, mais la belle avait des allures de bête, et s'assura de l'entière coopération du docteur par quelques gâteries supplémentaires. Autant dire que l'homme qui signa la feuille de décès savait très bien que la défunte n'était pas morte de vieillesse - et à part lui, qui aurait vu la trace de piqûre ?

Il faut dire qu'Amandine a du charme, et qu'elle a sans doute déjà couché avec la moitié de la ville - la moitié masculine de la ville - mis à part le pasteur et le pianiste. Ces deux là n'aiment pas les femmes, et ce n'est pas vers Dieu que les pensées du "Saint homme" se tournaient lorsqu'il se faisait enfourché par George - ou l'inverse, ils ne sont pas très à cheval sur la position de l'un ou l'autre.

Ce n'est pas le seul travers (comprendre par là, autre temps, autres mœurs) du-dit George, car s'il a bien un acte notarié de sa libération, il l'a obtenu sous la contrainte. Ses doigts de fées qui glissent sur les touches de son piano lui ont servi à commettre bien des atrocités pour se venger de toute la famille de ses maîtres - et faut dire qu'eux-même n'étaient pas du genre très propres non plus.

Ah, les cas du Shérif, et de sa soit-disant fille "Stecy" n'ont pas encore été évoqués. Là encore, une sombre histoire : Stecy s'appelle en réalité Andrea Mell, c'est la fille du véritable shérif qui devait venir prendre son poste à The Big Red il y a 15 ans. Aujourd'hui, elle en a 18, ne se rappelle pas de son enfance, ni de pourquoi son "père" actuel a pris la place d'un mort en volant son étoile. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle n'aime pas quand il rentre dans sa chambre le soir, à moitié ivre, et qu'il met sa main dans sa culotte. Parfois il la viole, en lui mettant sa ceinture dans la bouche pour l'empêcher de crier, parfois il se contente de lui tripoter les fesses et la poitrine. Elle ne dit rien, parce que qui voudrait la croire ? Le Shérif est un homme craint et aimé par la population - en tout cas c'est ce qu'elle pense.

En dehors du fait que c'est un porc, et qu'il viole sa fille adoptive, qu'il a volé l'étoile du shérif qu'il a tué, il se comporte comme un homme de loi, qui empêche les malfrats du coin de sévir, et qui empêche surtout les mineurs de la ville de mettre trop de bordel le soir dans les rues - juste avant d'aller se vautrer dans son fauteuil pour boire du rhum à en devenir ivre.

Cette ville pue, elle est corrompue jusqu'à la moelle, et tout le monde a des morts dans ses placards, et d'autres sombres secrets. Les hommes sont des brutes et des pervers, tandis que les femmes ne sont vraiment pas mieux - même si plus souvent les victimes. Si j'étais vous, je n'irais pas trop regarder ce que contiennent les saucisses du boucher, ni les composants des gâteaux de la boulangère.

Ah, on ne vous a pas dit à l'entrée de la ville ? La cause la plus fréquente de mortalité, c'est un malheureux accident à la mine du coin. Dommage, pour une mine à peine exploitée.

Côté tranche.

Ce qu'il y a de bien avec "The Big Red", c'est que tout le monde a l'air bien de face, mais cache de sombres choses côté pile. Sauf l'indien "Big Red" le peau-rouge, qui contemple la ville tous les jours. Il est même sans doute l'atout pour tout cavalier de l'Ouest sauvage désireux de rester en vie, et/ou de résoudre les mystères de la ville.

Sauf que "Big Red" n'existe pas : c'est un fantôme du passé, qui a décidé de venger son peuple de l'envahisseur blanc. Pour comprendre, il faut se replonger dans le passé, et les archives fédérales : il y a un siècle à peu près, lors d'une ruée quelconque vers l'or, les blancs sont arrivés et ont massacré la population indigène, puis ont pollué les rivières et la forêt qui s'étendait alors sur la montagne rouge, le tout, pour trouver de l'or. C'est à ce moment-là que la mine a été ouverte... et a déterré une antique malédiction posée là par on ne sait trop quel esprit vengeur, ne souhaitant pas que le cimetière des indiens soit mis à nu ainsi.

Depuis, la mine est à peine exploitée, mais pas par des mineurs volontaires cherchant de l'or, mais par des zombies encore vivants, cherchant à déterrer les objets de pouvoir qui serviront au fantôme à venger définitivement son peuple.

En attendant, il empoisonne la ville, et les habitants sont sous son emprise. Oh, bien sûr, certains n'ont pas besoin de ça pour se comporter en bête, mais à "the Big Red", personne n'échappe à ça. Cependant, il faut quelques temps pour contracter les premiers symptômes (entre plusieurs semaines et plusieurs mois), tout dépend de ses relations avec les gens, de son caractère, et si l'on s'approche trop de la mine.

Le fantôme maintient tout de même la ville dans une relative torpeur, par rapport à ce qu'il projette. Il veut que les gens souffrent, qu'ils sentent, le moment venu, tout le mal qu'ils ont fait par le passé. Tout un programme : vous avez là de quoi faire vivre une véritable petite campagne (ou un ensemble de scénarios) dans une seule ville. Imaginez que tout le reste est du même tonneau, caché sous la surface.

Ouais, plutôt pervers. Ne faites confiance à personne.