Don't be evil... or… BE!

03-03-2012

Dès que  j'ai lu le premier jet du billet d'Exirel, je lui ai dit que je ferais un billet de "réponse" ou plutôt "comment moi, en temps que MJ, je fais concernant les situations d'échec".

Je vais commencer par une précision, dans la suite du billet, je ne vais parler que des "vraies" parties. De celle où les joueurs créent un perso avec application, lui font un background et espèrent pouvoir jouer pendant des années avec. Je ne parlerai donc pas des "parties pour rire" en one-shot, du style Zombies ou autre où le but est de s'amuser pendant quelques heures et rien de plus. Une fois cela dit, revenons à nos moutons, les échecs des PJ et leur gestion par le MJ.

Avant de vous exposer ma façon de faire, il faut que je précise quelque chose. Pour moi, une partie de JDR, c'est un moment qui doit être plaisant pour tout le monde autour de la table, joueurs et MJ. Et il faut que chacun y trouve son compte. À la fin de la session, il faut que tout le monde soit heureux d'avoir passé X heures à lancer des dés. Si l'un des joueurs/joueuses a la sensation qu'il aurait été plus plaisant de passer du temps devant TF1, c'est qu'il y a un problème. Ce sont peut-être des platitudes, mais c'était important de les rappeler. Et je vais continuer avec trois petites choses :

Ces quelques principes de base dans ma façon de voir les choses posés, je peux aller plus loin.

Tout d'abord, et là c'est l'expérience qui parle, mais l'échec est à mon sens motivant. Il y a deux choses dont, d'expérience, les joueurs se rappellent des années après qu'elles aient eu lieu, ce sont les échecs retentissants et les victoires à l'arrachée.

C'est pour cela que personnellement, je suis Evil avec mes joueurs. Le plus possible. Je les mets dans la merde, encore et encore. Ils finissent en prison, ils sont quasiment tout le temps en infériorité numérique, ils se font voler leur argent ou carrément tout leur équipement. Ils se font kidnapper, manipuler voire même maudire histoire de bien être sûr qu'ils vont en chier. Parfois même je leur fais des cadeaux, juste pour le plaisir de leur reprendre plus tard.

Je me souviens par exemple d'une partie de fading suns où l'un des joueurs voulait à toute force démarrer avec son vaisseau spatial... comme il ne voulait pas lâcher prise, je lui ai laissé son vaisseau, qu'il a perdu après 2h de jeu et que lui et le groupe ont mis un temps fou à récupérer à nouveau niark niark.

Mais si je m’arrêtais là, je ne serais pas Evil, je serais juste un méchant mesquin qui prend un plaisir sadique à voir souffrir ses joueurs. Et puis j'ai beau être contre le principe de l'éternelle récompense et de la non vexation, j'ai posé en règle 1 qu'il fallait que tout le monde soit content d'avoir passé le temps qu'il a passé à jouer. Aller d'échec en échec, de situation de merde en situation de merde ne sont pas à mon sens des occupations plaisantes.

Nan, être Evil c'est scénariser l'échec. C'est les mettre dans la mouise, juste assez pour qu'ils en chient, mais juste suffisamment peu pour qu'au final, en suant sang et eau, au prix de sacrifices qui font grincer les dents, de plan à l'agence tous risques et d'un esprit de groupe. Et là, je ne fais pas de différence entre les échecs dus à mes machinations ou à leur propre bêtise.

Je me souviens d'une partie ou j'étais joueur. Au cours d'un combat éprouvant on décide de fuir, il se trouve que le paladin en armure de plate se jette à l'eau dans une rivière pour s'enfuir. Décision du MJ : tu es mort noyé. Une décision punition que je n'aurais pas prise si j'avais été le MJ. Parce qu'elle ne contribue pas à augmenter le capital plaisir de la table, juste à assouvir les instincts sadiques d'un MJ.

C'est d'ailleurs une de mes règles en temps que MJ à savoir toujours sauver ses joueurs. Les rares fois où un PJ est mort à ma table c'est parce que le joueur voulait en changer, et que l'on en avait discuté lui et moi avant. Sinon quelle que soit la situation, je les sauve. Et même si pour cela je dois trafiquer les jets que je fais (ce que j'ai dû faire de temps en temps).

Scénariser l'échec cela veut aussi dire, les faire aller d'échec en échec, en parcellant le tout de petites victoires jusqu'à arriver à la victoire finale (parce qu'il faut toujours qu'à la fin, ce soit les PJ qui gagnent).

Et ce qui m'amuse au plus haut point, ce qui est vraiment une grande source de satisfaction pour moi, c'est que certains de mes joueurs sont intimement persuadés qu'en temps que MJ, je fais tout, mais vraiment tout pour tuer leurs personnages... Bien entendu, je ne les détrompe pas, parce que ça leur fait beaucoup trop plaisir lorsqu'ils pensent avoir survécu à toutes les machinations que j'avais imaginé pour les occire.

Et qu'on en reparle des années après, autour d'une Guinness... :)