Ancienne civilisation en toc

14-08-2014

Quand je ne peste pas sur Skyrim, je me pose des questions profondes sur l'Univers et le reste. C'est d'ailleurs à l'occasion d'une passionnante discussion sur la création d'un univers de jeu que j'en suis venu à une très simple conclusion :

Le concept de "civilisation antique disparue" est le TGCM de la création d'univers.

Prenez quelques instants pour y réfléchir sérieusement. Dans presque chaque histoire, chaque fiction, chaque univers de jeu vidéo ou de jeu de rôle, vous trouverez ce concept de civilisation antique disparue. Une civilisation inconnue, qui n'a laissé que des vestiges en ruine, est souvent la source de l'ancienne prophétie sur le héros, d'anciens artefacts destructeurs ou salvateurs, d'énigmes et de prétendues révélations sur l'existence même de la vie.

Propriété d'antan

Une civilisation antique, c'est pratique. Comme elle est disparue, elle dispose d'un ensemble de propriétés qui simplifient grandement la création d'univers et de scénarios :

Je pourrais être intarissable sur les facilités qu'apportent une bonne civilisation antique disparue, mais vous l'aurez sans doute compris, j'aime de moins en moins ce concept.

Cohérence disparue

Ce qui me frappe le plus souvent dans l'usage d'une CAD, c'est la perte de cohérence manifeste.

Si une civilisation périclite, ce n'est pas pour rien : il y a souvent un problème de ressources derrière sa disparition. Des sècheresses répétées, une complexité trop importante de la bureaucratie, ou l'effondrement du système sous son propre poids sont d'autans de bonnes raisons pour qu'une civilisation s'éteigne.

Pour autant, il est plus souvent fait usage du point de non-retour de la décadence, que ce soit à cause d'un progrès technologique, scientifique, voire magique, ou des mœurs dissolues d'une caste dirigeante (forcément) corrompue. Comme s'il fallait forcément une raison morale, un ennemi invisible à combattre, caché dans les tréfonds de l'humanité.

Cela amène presque toujours aux sempiternelles "ruines" antiques, où tous les pièges fonctionnent à la perfection, que ce soit depuis 100 ans ou 4000 ans. De la même façon, ces ruines sont toujours là, résistantes à l'épreuve du temps comme aucune autre construction humaine depuis - comme si les civilisations survenues entre temps n'étaient capables de rien de durable.

Je ne peux m'empêcher d'y voir les tentatives d'une justification de la critique du monde présent, un artifice à une cause morale censée être commune à l'humanité toute entière. Un artifice éculé.

De la même façon, je trouve surprenant les laps de temps invoqués : il est souvent fait mention de plusieurs millénaires entre une CAD et l'actuelle - surtout dans un monde dit "médiéval-fantastique". Comment, dans un monde où la magie est presque palpable, peut-on considérer un laps de temps aussi grand tout en restant dans un mode de pensées si médiévales ? Comment se fait-il qu'il n'y ait rien d'autre entre temps ?

C'est un peu comme si entre l'empire romain et aujourd'hui, il n'y avait rien eu d'autre que le moyen-âge : pas de renaissance, pas de siècles des lumières, pas de révolution industrielle ni de modernisme (mais bon il suffit de mettre des elfes et on a de l'art nouveau à foison).

Paresse en stock

Dans l'absolu, je ne suis pas totalement contre ce concept : cela permet aussi de créer une forme de mythologie, et de donner au monde un passé historique grâce aux bas-reliefs laissés aux archéologues d'un monde qui doit résoudre les problèmes du présent. Que le héros y cherche une solution actuelle en usant de la force culturelle de l'Histoire ne me pose pas non plus de soucis particuliers - c'est même une attitude qui me plait.

Mais lorsque la CAD sert à justifier tout et n'importe quoi, cela a tendance à me rebuter immédiatement, comme un rejet viscéral d'une solution trop facile, trop simpliste, trop fade.

Il existe forcément des façons plus intéressantes de dessiner les formes d'un nouvel Univers.