L'auberge du pet qui chante

15-11-2010

Côté Face

L'auberge du pet qui chante est tenue depuis trois générations par la famille Pentrevlein. Elle fut construite par Florir le grand-père de Hulta, l'actuel propriétaire. C'est une belle auberge de ville, cossue, solide et avenante avec ses murs de pierres brunes et son toit d'ardoises grises. L'auberge possède dix chambres, 6 au premier étage et 4 chambres de bonnes juste sous les toits.

Le rez-de-chaussée, tout en longueur, est quasiment uniquement composé de la grande salle commune. Les seules fenêtres sont celles qui encadrent la porte, dans le mur Ouest. La salle n'est toutefois pas sombre, de multiples lampes à huile l'éclairant. Contre le mur Est de celle-ci, en face de l'entrée, une grande estrade permet aux troubadours d'un soir de donner leur représentation. Une grande cheminée, au centre du mur Sud, brûle quasi continuellement, entourée de quelques fauteuils de cuir, laissés à la disposition des clients les plus riches, qui peuvent s'acquitter du supplément nécessaire pour avoir le droit de s'y asseoir. Pour les autres, quantité de chaises sont disposées autour des tables rondes autour desquelles les serveuses se déplacent avec adresse, évitant les ivrognes ou les mains des clients trop entreprenants. C'est contre le mur Nord que trône le bar, derrière lequel Hulta veille, surveillant d'un œil affable sa salle commune.

A gauche du bar, près du mur Ouest se trouve l'escalier permettant d'aller à l'étage. A droite du bar, deux portes, l'une permettant d'aller dans la cuisine, l'autre dans la réserve. Au fond de la cuisine, un escalier permet de monter dans l'appartement des propriétaires.

La seule étrangeté de l'auberge se trouve être les petites sculptures de diablotins que l'on peut trouver un peu partout. Des petits diables en argile, riants aux éclats, autour de la cheminée. Des petits diables dansants gravés dans les poutres, des têtes de diables grimaçants au bout des rampes des escaliers. Hulta adore d'ailleurs raconter l'histoire de ses petits diables. C'est son grand-père le responsable explique-t-il. Son grand-père était un homme très superstitieux, vous dira-t-il. Il pensait que la seule façon d'être sûr qu'aucun diable ou qu'aucun lutin ne vienne hanter une demeure était de leur faire croire que celle-ci était déjà hantée. C'est pour cela que, lors de la construction de l'auberge, il avait tenu à ce que l'on ajoute les diables : pour faire croire que l'auberge était déjà hantée.

L'auberge est connue pour être un havre de paix. Hulta, le taulier ne laisse aucune bagarre dégénérer. Ses trois fils étant aussi bien bâtis que lui, ils n'ont aucun problème à faire régner le calme dans la salle commune, même lors des pires soirées de beuverie. Et si pour cela, ils doivent rosser un soûlard, cela ne leur pose pas de problème. Mais le Pet qui chante est aussi connu pour être une auberge altruiste. Chaque semaine, Hulta organise, sur la place en face de l'auberge, une distribution de nourriture pour les plus nécessiteux. S'y pressent orphelins, mendiants, sans le sou et même quelques paysans de passage en ville, qui économisent ainsi le prix d'un repas.

Hulta Pentrevlein est le père de quatre enfants, trois garçons et une fille, la fille étant la cadette. Enfin, il faudrait plutôt dire était. En effet il y a quelques semaines, la femme et la fille d'Hulta, alors qu'elles allaient voir un de leurs cousins possédant une ferme à quelques jours de voyage, ont été attaquées par une bande de brigands. Un de leurs chevaux est revenu à l'auberge et lors de la battue qui a été organisée pour les retrouver, des traces de leur campement dévasté ont été retrouvées.

Depuis cet événement, Hulta semble plus renfermé, moins chaleureux, plus irascible aussi. Des cernes profondes ternissent son visage, il a visiblement perdu du poids et son tablier bleu foncé flotte autour de lui. Mais la douleur qui les affecte lui et ses fils ne les empêche pas de continuer à faire tourner l'auberge, qui se remplit jour après jour... Déjà d'ailleurs les veuves des alentour commencent à réfléchir au bon parti que pourrait faire l'aubergiste.

Côté Pile

Hulta, comme son père et son grand-père avant lui, pactise avec des forces dont il n'a pas idée. C'est grâce aux noires puissances qu'il conjure que son auberge réussit aussi bien, grâce à elles aussi qu'elle a d'ailleurs été construite. Jamais de maladie, jamais de vers dans les réserves, des concurrents ou des gêneurs qui meurent dans leur sommeil exactement quand il le faut... Quant à l'auberge elle paraît indestructible, sans que jamais une ardoise ne se fende, ou qu'un meuble ne soit rongé par les termites...

Les anciens pourraient même se souvenir qu'il y a de cela un certain nombre d'années, alors qu'Hulta n'était pas encore né, un feu était né dans des masures légèrement au Nord de l'auberge. Attisé par un vent assez violent, il avait dévoré maison après maison, se rapprochant de plus en plus de l'auberge. Mais alors qu'il aurait dû s'attaquer au bâtiment, le feu l'avait tout simplement évité. Le père d'Hulta avait alors crié au miracle et c'est à ce moment-là qu'il avait décidé d'offrir un repas par semaine aux nécessiteux, pour remercier les dieux.

Les nécessiteux, parlons-en d'ailleurs. S'ils n'étaient pas si occupés à boire chaque goutte d'alcool leur tombant dans le gosier, peut-être se rendraient-ils compte que certains d'entre eux disparaissaient, sans laisser de trace... Mais qui s'occupe des nécessiteux ?

Tout comme qui s'occupe des voyageurs qui logent dans les chambres de bonnes, avec qui on partage un repas... Et qui le lendemain matin partent si tôt que personne n'est là pour témoigner qu'ils sont bien partis ?

Qui sait, peut-être que si l'on soulevait la trappe qui se trouve dans la réserve, sous le faux tonneau de viandes séchées, tout au fond, et qu'on descendait l'échelle, on retrouverait leurs os, jetés dans un coin...

Ce qu'on trouverait en tout cas, c'est un grand autel sacrificiel où Hulta et ses fils invoquent le démon qui leur offre son aide et lui offrent l'âme des pauvres bougres qu'ils égorgent. Et une fois que le démon s'est régalé de celles-ci, ce sont eux, pauvres sorciers humains qui se régalent de la chair d'un malchanceux. Car c'est le prix que réclame le démon. Des âmes et du cannibalisme.

Mais ce n'est pas la seule chose que l'on trouverait dans ce sous-sol si on y descendait, dans une des geôles aménagées à même la roche, on trouverait aussi Ilvir la femme d'Hulta et Trinias leur fille. Elles n'ont pas été attaquées par des bandits, non... Elles sont retenues, dans le sous-sol.

Retenues jusqu'à la cérémonie qui doit permettre aux fils d'Hulta de gagner les mêmes pouvoirs que leur père. Car le démon pour cette cérémonie a exigé un prix bien spécial, pour lui l'âme de Trinia et sa chair pour ses invocateurs.

Ilvir, bien qu'au courant depuis de longues années des abominations de son mari, a alors ouvert les yeux. Elle s'est enfuie avec sa fille, espérant la sauver de son tragique destin. Mais que peut une simple aubergiste contre un démon ? Hulta et ses fils ont donc rattrapés les fuyardes et ont inventé toute l'histoire des bandits. Ils ont ensuite tranquillement séquestré la mère et la fille.

Il ne reste plus que quelques jours, moins d'une quinzaine avant que la cérémonie n'ait lieu. Ilvir, la pauvre, a perdu la raison dans son cachot.

Trinias sera-t-elle sauvée ? Ou mangée par ses frères ?