Mage Boule de Feu

22-11-2010

La subtilité, c'est un travail pour les érudits, les clercs, et les gardiens savants de la magie très hermétique et surtout très puissante. C'est d'ailleurs ce qui distingue - excusez du peu - les barbares des êtres supérieurs ; entre les deux, il y a le peuple, les politiciens, et les méchants.

Les magiciens, sorciers, ensorceleurs, enchanteurs, illusionnistes et autres prestidigitateurs - "gitateur" - (quoi que pour ces derniers, j'ai un doute), sont souvent représentés comme étant des êtres physiquement frêles, intelligents, érudits et éduqués, avec une haute estime d'eux-même, et des sortilèges tous plus puissants les uns que les autres.

C'est précisément sur la puissance des sorts que je souhaite aujourd'hui vous présenter un archétype fin et subtil - ah ah - à savoir : le mage boule de feu, à ne pas confondre avec le mage foule de boeufs.

Apprenti allumette et lance-flamme portatif

Dans la plupart des jeux de rôles, les êtres capables d'utiliser la magie suivent souvent le même schéma : une progression qui part de très bas, grimpe très doucement, pour un final haut en couleur, explosant d'une puissance qui fera passer les boss de fin de niveau pour de simples cibles d'un tutoriel pour aventuriers débutants. Restons donc dans le stéréotype.

Apprenti allumette

C'est là que tout commence : un jour, un gamin - paysan de préférence - d'à peine 16 ans découvre qu'il peut créer des étincelles entre deux branches mortes et ce, sans utiliser aucun artifice quelconque autre que le pouvoir de sa pensée.

Ou alors, il est simplement vendu à un vieux pervers un vieux mage en voyage qui cherche quelqu'un pour reprendre le flambeau.

Toujours est-il qu'il se retrouve avec une robe (ridicule) de mage trop grande pour lui, qu'il se met à déclamer des formules incompréhensibles (surtout pour lui), et s'il est vraiment doué, il aura le droit de faire apparaître une luciole dans le creux de la paume.

Avec un peu de bol, il aura même le droit de se cramer les cheveux une fois ou deux en tentant des expériences parfaitement inutiles puisque parfaitement ratées.

Aspirant chauffagiste

L'hiver il fait froid, et notre aspirant est tout content de pouvoir enflammer sans allumette et sans fuel le poêle à fuel de l'académie/le collège de magie qui l'aura débusqué ; sinon cela peut être la vieille bicoque de son maître mage qui s'est lancé un sort de négation de la température permanent depuis si longtemps qu'il l'a oublié.

Il en sait un peu plus sur la magie. Il en sait surtout un peu plus sur ce qu'il ne doit surtout pas faire avec - comme tenter des filtres d'amour, réveiller les morts, et de manière générale, tous les trucs fun avec la magie (c'est pas avec ça qu'il va pouvoir emballer de la gonzesse...).

Cela dit pour plaire aux filles et s'occuper pendant les longues soirées d'hiver (aucun lien de cause à effet), l'aspirant peut toujours invoquer trois ou quatre lucioles : c'est inutile, mais c'est joli.

Chauffeur d'ambiance

Avec le printemps qui vient et les fêtes qui vont avec, et surtout depuis le temps passé à étudier la magie, notre aspirant devient enfin un véritable mage. Le détail, c'est que depuis le jour où il est passé apprenti, il s'est passé plusieurs années - pour certains des dizaines - et qu'entre-temps, le monde est devenu encore moins gentil, encore plus dangereux.

Ce n'est pas encore la consécration pour le sorcier, car même s'il peut embraser du regard toute une salle - voire un village pour les plus expressifs du regard - il lui faut encore acquérir ce qui fait la différence entre un chauffe-eau et une centrale nucléaire : une réputation de grand sorcier ; et de gros sorts bien bourrin.

En attendant, il se console en invoquant un cercle de lucioles pour faire des blagues à ses potes fuir les êtres maléfiques de la nuit qui veulent le tuer dans son sommeil.

Lance-flamme portatif

Il peut tout : faire couler des torrents de lave, provoquer une éruption de magma dans le salon de mère-grand au plein milieu du champ de bataille, et servir de lance-flamme partout où il va. Il est devenu un excellent mage de bataille, lançant plus de boules de feu à la minute qu'une Kalachnikov ne tire de balles.

À ce stade, il n'a plus rien à apprendre, ayant acquis tout ce qui fait un bon mage : patience, érudition, sagesse, richesse, puissance inégalée, finesse et subtilité.

C'est d'ailleurs très fier de lui qu'il n'hésite jamais à épater la galerie en illuminant son palace/tour de sorcier/manoir antique d'une armée de lucioles.

Jouer avec les boules de feu

Vous avez compris l'idée : il s'agit ici d'un mage de bataille, un expert de la boule de feu, un maître ès crémation de groupe. D'accord, mais comment le jouer, et comment jouer avec (joueur compagnon et meneur de jeu).

Un caractère brûlant

Le magicien boule de feu - que l'on peut assimiler à un mage/sorcier de bataille - a l'intelligence suffisante pour être puissant et rusé, mais son caractère n'est pas celui d'un vieux sage calme et posé : il est explosif, à l'image de la magie qu'il maîtrise.

Colérique, ce qui le marque le plus est sans doute son côté passionné : tout ce qu'il entreprend est fait avec passion. Il peut être parfois un peu obtus dans sa façon d'agir, mais au regard de sa bibliothèque de parchemins, vous comprendrez aisément que tous les problèmes lui font penser à des fétus de paille.

Il peut y avoir un côté humoristique à jouer un mage orienté vers le feu - et c'est tout aussi vrai pour les autres éléments (ou sans élément primaire, cela va de soi) : cela permet de créer un contraste plutôt agréable entre la puissance du personnage, et l'ambiance décontractée autour de la table.

La puissance du feu

Certes, tous les pratiquants de la magie ne suivent pas forcément la même évolution, mais il arrive un moment où le mage devient tout puissant, voire trop puissant, dans un groupe. Un monstre ? Une boule de feu. Un gros monstre ? Deux boules de feu. Un demi-boss, un boss de fin de niveau, un boss de fin de campagne, votre belle-mère, tout finit par se ressembler à un certain stade.

Il faut savoir jouer avec : il n'y a strictement rien d'amusant à terminer la partie grâce à un seul et unique personnage qui fait tout : il faut en laisser aux autres !

Personnellement, j'ai toujours eu du mal avec les progressions lentes mais bourrines des mages. C'est d'ailleurs un casse-tête d'équilibrer les parties en tant que MJ : au début, le joueur s'ennuie avec son mage, à la fin, c'est le reste de la table qui s'ennuie.

Le mieux ? S'arranger avec le joueur pour arriver à maintenir cohérent l'ensemble du groupe. Cela peut être par des limitations purement role-play sur le personnage, ou par un choix du MJ de faire des scénarii où le mage va être moins efficace / moins utile.

Au pire, imposez à votre PJ mage qu'une armée de lucioles l'environne perpétuellement. Cela le refroidira un peu.